Les cinq merveilles du monde de l’horlogerie

Elles sont le fruit d’une lente maturation ou le résultat d’un coup de crayon de génie. Reflets de l’esprit d’une époque, elles traversent le temps sans prendre une ride. Simples ou sophistiquées, en acier brut ou couvertes de diamants, produites à des millions d’exemplaires ou à quelques unités, les modèles classiques ont marqué l’histoire de l’horlogerie.
La Royal Oak d’Audemars Piguet
Au début des années 70, Gerald Genta est mandaté par la Manufacture Audemars Piguet, il va provoquer une véritable révolution dans l’horlogerie de prestige en concevant la première montre de sport de luxe en acier. Pour cela, il va s’inspirer de la coque de chêne, renforcée de plaques d’acier, des bateaux de la Royal Navy et, plus précisément, des canons dont les sabords étaient de forme octogonale.
La montre sera baptisée Royal Oak, en hommage au chêne royal sous lequel Charles II d’Angleterre a trouvé refuge après la défaite que lui a infligée Cromwell. Particulièrement difficile à réaliser, elle implique de fixer avec des vis apparentes sa lunette octogonale et son joint d’étanchéité sur son boîtier étanche à 50 mètres.
Au départ, les professionnels se montrent très sceptiques devant ce coup d’audace, mais le public va très vite leur donner tort. En quelques années à peine, la Royal Oak trouvera sa place dans le coeur des amateurs de montres de caractère et dans celui de nombreuses stars du sport et du show-business.
Aujourd’hui, elle se décline dans les matériaux les plus sophistiqués. Pour le trentième anniversaire du modèle, en 2002, une Concept Royal Oak sera proposée en alacrite 602 et titane, avec bracelet en caoutchouc sur or rose. La révolution est toujours en marche !
La Tank de Cartier
Le processus de création des objets qui, au fil des années, ont pris place dans notre univers quotidien peut parfois laisser perplexe, au point même de paraître peu crédible. Ainsi, lorsque l’on raconte que pour créer l’une des montres les plus élégantes de son siècle, Louis Cartier s’est inspiré des chars d’assaut Renault, qui se sont illustrés sur les champs de bataille de la grande guerre, on peut être sceptique.
Et pourtant, c’est bien le dessus de ces fameux monstres d’acier qui a inspiré le carré de la première montre Tank de Cartier, reconnaissable entre mille à ses deux brancards latéraux qui font référence aux chenilles du char.
Le premier exemplaire de cette montre-bracelet pour dame sera vendu quelques jours à peine après la signature de l’Armistice. Elle affiche déjà ce qui constituera l’ADN des montres Cartier : les chiffres romains, les aiguilles bleuies en forme de glaive, la minuterie dite « en chemin de fer » et le fameux saphir au remontoir.
La Nautilus de Patek Philippe
Nous sommes en 1976 : quatre ans plus tôt, le génial Gerald Genta a créé pour Audmars Piguet sa fameuse montre octogonale en acier et celle-ci remporte un tel succès qu’il ne peut laisser indifférents les autres grands noms de l’horlogerie.
Chez Patek Philippe, la réaction est rapide : pourquoi ne pas également faire appel à lui pour concevoir la première grande montre sportive de la Manufacture ?
Et ce second coup d’essai va s’avérer un coup de maître. La Nautilus sera, elle aussi, octogonale et en acier. Et elle laissera aussi perplexe l’ensemble de la profession ! Le challenge est audacieux
: il s’agit d’imposer un nouveau garde-temps en acier plus cher que bon nombre de montres
en or de l’époque, dans un format tout à fait inhabituel et avec une forme complètement
nouvelle.
De la part de Philippe Stern, président de Patek Philippe, le défi reposait sur une réflexion solide : suivre l’évolution des moeurs qui privilégient une vie plus dynamique, plus active, conjuguant le travail et le sport, avec de plus en plus les loisirs de plein air. Sous ses dehors remettant en cause tous les codes de l’époque, la Nautilus venait à son heure, pour être aussi à l’aise au bureau qu’au tennis. Elle était l’un des premiers symboles d’une nouvelle génération soucieuse de privilégier l’être autant que le paraître. Et ici encore, la réaction des clients souvent très traditionalistes de Patek Philippe a été
contrastée. Mais, petit à petit, celle que certains baptisaient la Jumbo va trouver sa clientèle, amoureuse de belle mécanique, mais exigeant une montre solide, robuste et élégante, qui ne risque pas de se rayer au moindre contact. La montre qui affirmait vouloir se marier aussi bien avec une tenue de plongée qu’une tenue de soirée, va bientôt séduire l’homme et la femme, se décliner en or et en platine. Ou rester simple en acier.
Au fil des ans, les montres anciennes coûtent parfois plus cher que les neuves. Aujourd’hui, si vous souhaitez acquérir l’édition du trentième anniversaire, il est conseillé de vous inscrire sur la liste d’attente qui se trouve chez votre horloger préféré !
La Reverso de Jaeger-Lecoultre
Alors que la toujours jeune Reverso vient de fêter ses 75 printemps, ceux qui ont le bonheur de posséder cette très belle montre ne savent pas toujours qu’elle a bien failli ne jamais voir le jour.
Remontons à ses origines, en 1931. A cette époque, les officiers anglais en poste aux Indes sont férus de polo et des premières montres-bracelet. Hélas, la pratique du polo brisait régulièrement le verre de la montre, en cristal, la rendant inutilisable. Cesar de Trey, distributeur des montres Jaeger-Lecoultre sur ce marché, rapporta ces doléances au sein de la Manufacture de la Vallée de Joux.
Une première solution fut rapidement abandonnée : elle consistait à préserver la montre au travers d’une grille de protection (cette idée reviendra bien plus tard, chez Cartier : ce sera la Pacha).
Le 4mars 1931, le brevet de la première Reverso est déposé avec la description suivante : une montre susceptible de coulisser sur son support et de se retourner sur elle-même. Ensuite, les maîtres horlogers de Jaeger-Lecoultre vont y installer les mouvements les plus simples comme les plus sophistiqués ou la moduler en un triptyque pour y insérer le plus compliqué
des calibres, le gyrotourbillon. La surface au dos, mise en valeur qu uand elle est retournée, sera personnalisée, gravée ou décorée par la technique de l’émaillage.
Les ventes de la Reverso vont littéralement exploser à tel point que naîtra, voici deux ans, une petite soeur du modèle mythique : la Squadra, de forme carrée et dont le brevet avait été déposé à la même époque.
Et pourtant, l’une et l’autre ont bien failli ne jamais voir le jour. En effet, au début des années 30 allaient être mis au point les premiers verres saphir en cristal de corindon, capables d’apporter à la montre bracelet la protection qui lui faisait tant défaut !
La Portuguese d’IWC
Une des tendances les plus marquantes de l’esthétique horlogère de ces dernières années est l’agrandissement des formats, avec des boîtiers qui dépassent parfois les 45mm de diamètre, tant pour les modèles homme que femme.
Et comme l’histoire, même celle de la montre, n’est qu’un éternel recommencement, on ne s’étonnera pas de découvrir qu’en fait, cet engouement date des années 30, avec la naissance de la Portuguese d’IWC. En 1939, deux marchands de montres portugais, marins et conquérants des mers depuis des générations, demandent à la manufacture de Schaffhausen de leur créer une montre bracelet dans l’esprit des fameux chronomètres de marine.
Or, à cette époque, ce type de garde-temps n’existe qu’en format de poche : c’est justement l’une de ces « savonnettes » que les ingénieurs d’IWC vont détourner de sa vocation, pour en faire une montre bracelet king size. La première Portuguese était née. Avec des dimensions généreuses qui allaient à l’encontre des petits boîtiers très prisés à l’époque du style Art Déco.
La nouvelle montre est particulièrement bien dotée, car elle renferme un mouvement d’exception : le calibre Jones, du nom du fondateur américain de la marque, véritable joyau de la haute horlogerie. La famille des Portuguese sera de belle lignée, avec de nombreuses déclinaisons : chronos, calendriers perpétuels, tourbillons. Mais toutes ont en commun l’élégance, le classicisme et les dimensions XXL.
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