Les 4 mythes de l’innovation à briser de toute urgence

L’innovation, tout le monde en parle. Mais pour beaucoup, elle reste une notion floue, et donc difficile à mettre en oeuvre. Professeur à l’UCL, Benoît Gailly déboulonne quatre fausses idées largement répandues véhiculées sur l’innovation.
Mythe # 1 > Innovation = des nouvelles idées
L’innovation, c’est bien plus que des idées. C’est tout le processus de mise en pratique d’une nouveauté, c’est-à-dire d’une valeur qui n’a pas de substitut proche dans un contexte donné. Autrement dit, l’innovation demande de la créativité, mais aussi (et surtout) une gestion proactive du changement et la capacité de faire converger les deux. Ainsi, ce n’est ni simplement la découverte de Bell de la conversion d’ondes sonores en courant électrique, ni l’invention du téléphone, qui ont mené au développement des télécommunications. C’est l’ensemble des moyens, personnes et organisations qui ont été mobilisés durant des décennies.
Mythe # 2 > Innovation = nouveaux produits
Selon que l’on se concentre sur le quoi (produit, service, business model) ou sur le comment (procédé, technologie, mode d’organisation), l’innovation peut consister à offrir quelque chose de nouveau ou à offrir différemment quelque chose d’existant. Dans le premier cas, l’innovation conduit à la mise sur le marché de nouveaux produits ou services ; dans le second, il s’agit plutôt d’introduire des éléments neufs dans les processus organisationnels de l’entreprise (matières premières, spécifications de tâches, mécanismes de traitement de l’information, partenariats, etc.). De ce fait, l’innovation ne se limite pas non plus à de la recherche et du développement.
La R&D est généralement centrée sur l’intérieur de l’entreprise, alors que l’innovation peut aussi provenir de son environnement externe. L’innovation consiste à exploiter toutes les opportunités de nouveauté qui se présentent et qui concernent aussi bien les produits que des processus, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des murs de l’entreprise.
Mythe # 3 > Innovation = procédures à suivre
Si l’on peut difficilement évaluer a priori le potentiel d’un projet d’innovation, on peut en revanche mettre en place des processus qui permettent de le valoriser tout en minimisant les risques et les coûts d’investissement.
La méthode du « stage-gate » vise effectivement à séquencer les décisions d’investissement liées à un projet d’innovation de façon à minimiser le risque qui en découle. Mais ces processus seuls ne suffisent pas. On sous-estime souvent l’importance des ressources humaines dans la réussite d’un projet d’innovation. Réussir à mettre en place des équipes qui, par la complémentarité et la compatibilité de leurs membres, sont à même de faire émerger et mettre en oeuvre des innovations est une compétence capitale dans la société innovante.
La reconnaissance de l’intention ou de l’action innovante dans l’entreprise s’avère cruciale. Pour promouvoir l’innovation dans une entreprise, il faut promouvoir une culture, des systèmes de formation et de rétribution qui valorisent l’innovation et l’entrepreneuriat interne. Que ce soit par des rencontres entre départements, des outils informatiques de collaboration ou encore des systèmes d’évaluation qui récompensent la démarche innovante, c’est le rôle de l’entreprise de stimuler l’innovation dans sa globalité. Mettre en oeuvre des procédures de gestion de projets ne suffit pas !
Mythe # 4 > Innovation = un bonus
Beaucoup de managers envisagent encore l’innovation comme un à-côté qu’il convient de gérer en parallèle et en plus des activités de base. Pour être efficace, l’innovation doit impérativement être gérée de façon intégrée et donc envisagée de manière transversale par rapport à toutes les activités clés de l’entreprise. Ceci constitue un fameux défi pour l’organisation, car cela implique une sorte de tension permanente :
- D’un côté, elle doit s’assurer de produire et délivrer les produits ou services qu’elle commercialise.
- De l’autre, elle doit gérer la nouveauté au travers d’une approche beaucoup moins organisée, presque expérimentale.
C’est le propre d’une organisation « ambidextre », forcée de jongler avec deux types d’activités différentes, mais complémentaires.
Comme concept intégré dans l’entreprise, l’innovation ne peut pas non plus être considérée comme un objectif séparé à atteindre. Beaucoup croient à tort que l’innovation est une fin en soi. En réalité, il s’agit pour les entreprises d’un moyen parmi d’autres d’atteindre leurs objectifs stratégiques.
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